N’empêche qu’avec tout ÇA, ÇA ne résout pas le problème : ÇA ne dit pas où sont ses parents. Aux dernières nouvelles, son père l’a appelé mardi matin. Il ne se sentait vraiment pas bien. Xavier devait partir au bureau. Peut-être avait-il attendu une heure raisonnable pour lui téléphoner. Il n’allait pas fort. De ses états sans explication qui amènent à demander de l’aide. Sans soucis, Xavier s’est rendu disponible. Au lieu de se rendre au boulot, il a regagné l’appartement familial. Pas de pression de son côté. L’absence de la conjointe hospitalisée une deuxième fois pour sa prothèse de hanche avait peut-être déclenché ce coup de fil impromptu. Depuis le temps qu’elle fréquente les hôpitaux et autres cabinets pour ses tracas de santé, le moral du mari s’en est ressenti.
Une autre fois en milieu de journée, alors qu’il devait mettre en place la salle pour la réunion d’un client le soir même, il lui avait demandé de passer pour réparer le petit meuble de l’entrée à ranger les chaussures qui s’était desserti probablement en s’énervant pour le refermer. « Il faut qu’il soit réparé avant qu’elle rentre. » Amusé par cette espèce de crainte à rendre des comptes inutiles, sans rechigner, Xavier avait fait un saut, costumé, cravaté au lieu de se rendre plus tôt à son rendez-vous. Une chance que ce ne soit pas dans une autre ville comme cela arrivait d’ordinaire : série de présentations des avantages fiscaux pour la retraite à travers le pays, contrat de prestations pour l’année. Au point de l’empêcher de travailler, aujourd'hui c’est peut-être sérieux.
Au domicile, il découvre que son père est encore au lit, dans le noir, pas levé, pas lavé. Il est vraiment mal, une espèce d’apathie, une atonie. Il se propose d’ouvrir les volets, la fenêtre, de faire entrer un peu d’air dans cet antre étouffant. Son père s’y refuse avec le peu de force qu’il conserve. Xavier mesure alors sa grande faiblesse. Pas du genre à se plaindre, sa torpeur l’alarme. Un court questionnement pour savoir ce qu’il a mangé hier soir qui pourrait être à l’origine. Une vague réponse pour reconnaître quelques raviolis qu’il soupçonne certainement mal réchauffés, plus le bout de fromage incontournable, le verre de vin. Probablement rien de plus ne justifie une telle prostration. Il décide de joindre SOS Médecins. La visite est programmée. La patience commence.
L’interrogatoire reprend. Xavier aimerait bien évacuer cet incident en aérant la pièce, au mieux l’éclaircir. Son père s’y refuse dans une telle sollicitude qu’il y renonce. L’employeur est prévenu. Il restera à son chevet en attendant le thérapeute. Que faire pendant ce temps-là ? Comment s’occuper quand ON est maintenant un grand garçon et que son papa agonise sur son matelas ? Xavier fait le tour des quatre pièces où il a grandi ; peut-être une bricole à ranger, de la vaisselle à faire. Tout est nickel. L’endroit est visiblement prêt à accueillir le retour de sa mère.
Par un mystère de la télépathie ou de l’instinct, la fille qui n’a pas plus donné de nouvelle que d’habitude depuis les fêtes de fin d’année il y a donc deux mois, téléphone au même moment. Son amabilité l’a fait éructé à l’oreille de son frère qui décroche, en lui demandant ce qu’il fait là. Après une brève explication que Xavier écourte à passer au plus tôt le combiné portable à leur père pour une fois qu’elle se manifeste, il doit insister pour qu’il réponde. En justifiant que c’est quand même exceptionnel qu’elle se fende d’une communication -à égalité entre l’indifférence et la facturation- le père et sa fille se parlent. Pas longtemps compte tenu de sa si difficile force à réagir, mais assez pour l’alarmer. Rien d’autre à se dire entre les deux enfants. Il la tiendra au courant.

Le docteur estima qu’il fallait joindre le SAMU. Ils déboulèrent dans les minutes suivantes comme un commando, chacuns à sa tache, prise des constantes, contact avec le fiston pour les enregistrements administratifs, installation d’un hôpital de campagne, procédure d’électrocardiogramme, questionnement à l’intéressé sur ses symptômes, mise en relation avec un hosto susceptible de le recevoir. Vomissements. « Qu’est-ce qu’il m’arrive ? » Qu’est-ce qu’il pouvait bien arriver effectivement au Duce, à ce paternel impassible et taciturne, résigné à somnoler dans le rocking-chair que sa cadette lui avait racheté parce que celui apporté par son frangin était vraiment minable, pas abîmé, mais pas au goût de FranJie.
Le brancard a été approché. Il y avait de la place dans le même établissement où Mamia était en orthopédie au 7ème étage et qu’il avait recommandé : « Comme ÇA, ils pourront se chamailler. » Ils en revenaient trois jours auparavant pour un contrôle aux urgences suite à des analyses mauvaises : « Si ÇA ne va pas, n’hésitez pas à revenir. » ÇA n’allait pas. Son père était mutique dans la chaise roulante qui entra dans l’ascenseur, le temps que Xavier prépare un sac de quelques affaires si hospitalisation. Tant l’habitude avec sa mère. Il n’oubliait plus le casque pour permettre d’entendre la télé dans les chambres double.
A l’arrière de l’ambulance dont les portes étaient déjà fermées, prête à tracer, il a cherché à rassurer son père. Il n’a pu avoir accès à l’intérieur que par la cabine du chauffeur qu’une paroi aveugle séparait. Xavier a parlé fort pour se faire entendre et avant de le prévenir évidem_ment qu’ils se retrouveraient là-bas, puisqu’il n’y avait plus de possibilité qu’il monte avec, a prononcé pour la dernière fois de sa vie la phrase favorite avec laquelle il ponctuait toutes les réserves, jusqu’à ce présent qui mettait la sirène, toutes ses conversations à un moment ou l’autre : « ÇA va aller. ÇA va toujours. »
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